• American parano
American parano

American parano

L'Amérique peut-elle encore représenter ce modèle qui a fait rêver depuis deux siècles ? A l'heure de la mondialisation, elle continue de se penser comme une île en dehors d'un monde avec qui elle se croit en guerre. Elle refuse les règles internationales, persuadée que la mission civilisatrice et morale que se sont donnée ses pères fondateurs justifie toutes les dérives. Et si le rêve américain de liberté eu de démocratie n'était qu'un leurre ? Et si l'Amérique donnait raison à Tocqueville qui prédisait sa dérive vers une nouvelle forme de despotisme ? Dans American parano, Jean-Philippe Immarigeon montre que l'Amérique paranoïaque de Bush, telle qu'elle se présente depuis les attentats du 11 septembre 2001, n'est ni un accident ni une parenthèse. Au contraire, elle plonge ses racines dans les fondements de sa propre histoire. Bâtie il y a quatre siècles sur la préservation d'une vieille pensée autoritaire et cloîtrée que l'Europe abandonnait, l'Amérique n'est pas le monde démocratique de demain mais l'Europe d'avant-hier. Nous ne vivons pas dans le morne temps historique. Les attentats de 2001 n'ont fait que révéler cet antagonisme de deux civilisations occidentales dressées l'une contre l'autre. Et tout fait penser que cette guerre, l'Amérique va la perdre. Docteur en droit et titulaire d'un Master of Business Administration américain, Jean-Philippe Immarigeon a été consultant en Asie et aux Etats-Unis, où il a vécu, puis lobbyiste en France. Il est actuellement avocat, il a publié un essai politique, Autopsie de la fraude électorale (Stock, 2000), et collabore régulièrement à la revue Défense Nationale. Extrait du livre : ET SI TOCQUEVILLE S'ÉTAIT TROMPÉ ? L'illustre voyageur normand qui débarqua en Amérique un matin des années 1830 en compagnie de son ami Gustave de Beaumont pour étudier les prisons américaines n'avait aucune idée préconçue. Alexis de Tocqueville se laissa porter par le hasard de rencontres qu'un sondeur trouverait aujourd'hui bien peu représentatives. Mais sa méthode n'était pas si mauvaise, et il allait en apprendre davantage sur l'Amérique en passant trois jours chez un négociant de Boston qu'en interrogeant l'administration pénitentiaire qu'il était venu visiter. Et aujourd'hui vous en apprendrez plus en pratiquant un samedi soir la drague automobile (cruising) comme dans American Graffiti, - voiture roulant au pas le long de la rue principale d'une petite ville de province -, qu'en faisant le tour des universités et des médias où vous ne glanerez que les paroles convenues d'interlocuteurs triés sur le volet II faut écouter et non pas questionner, recevoir et non pas rechercher. Voyage n'est pas reportage et l'exhaustivité, quand bien même elle serait atteinte, n'est pas un signe d'objectivité. Tout est dans le détail, disait Spinoza. C'est bien cette méthode empiriste qu'avait utilisée Tocqueville, tout simplement parce qu'il ne savait pas où il mettait les pieds, et que personne avant lui n'aurait pu le guider, si ce n'est certains de ses aînés émigrés sous la Révolution, qui avaient préféré Boston à Coblence et dont le pionnier avait été Chateaubriand avec ses souvenirs d'Amérique. On ne refait pas le chemin de Tocqueville, et c'est un non-sens de marcher dans les traces de quelqu'un dont on a oublié l'absence de parti pris. Voir la suite

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  • Bourin Francois Eds