• Bois sauvage
Bois sauvage

Bois sauvage

Bois Sauvage, Mississippi, en 2005. Depuis que sa mère est morte en couches, Esch, quatorze ans, s'occupe des hommes de sa famille : son père Claude, ses deux aînés, Randall et Skeetah, et Junior, le petit dernier. Esch a du mal à trouver sa place : elle couche avec les copains de ses frères pour leur faire plaisir mais c'est de Manny qu'elle est amoureuse. Et dont elle est enceinte. À qui le dire ? Skeetah n'a d'yeux que pour China, son pitbull adoré qui vient d'avoir une portée de chiots ; Randall s'entraîne pour le match de basket qui pourrait lui valoir une bourse sportive et Junior traîne dans ses pattes, en quête d'un peu d'attention. Quant à leur père, il tombe régulièrement dans la bière pour oublier qu'il est seul. Alors Esch se réfugie dans son livre favori, sur la mythologie grecque, et fait des rêves où sa mère prend les traits de Médée. Et les journaux annoncent l'arrivée imminente d'une tempête. Violence et tendresse rythment l'émouvante chronique familiale et sociale que nous livrent Jesmyn Ward et sa jeune narratrice adolescente. Bois Sauvage marque ainsi l'arrivée d'une nouvelle voix de la littérature américaine, à la fois lyrique et naturaliste, délicate et puissante, saluée d'emblée par le prestigieux National Book Award 2011. Jesmyn Ward, trente-cinq ans, est née à DeLisIe, dans l'État du Mississippi, et vit aujourd'hui en Alabama. Elle est issue d'une famille nombreuse, dont elle fut la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Son premier roman, Where the Line Bleeds (à paraître chez Belfond en 2013) lui a valu d'être remarquée par la critique américaine. Mais c'est avec Bois Sauvage qu'elle va rencontrer la reconnaissance internationale en remportant le National Book Award 2011, récompense littéraire suprême aux États-Unis. Extrait : Le premier jour : naissances à l'ampoule nue CHINA SE BAT CONTRE ELLE-MÊME. Si je savais pas, je croirais qu'elle veut manger ses pattes. Et qu'elle est folle. Ça, c'est un peu vrai. À part Skeet, elle laisse personne la toucher. Quand elle était bébé, avec sa grosse tête de pitbull, elle volait toutes les chaussures de la maison. Les tennis que maman nous achetait, noires pour pas qu'elles salissent trop vite, celles qui gardent leurs formes si on les brosse pas. Maman a pas eu de bol avec ses vieilles sandales plates, oubliées dans un coin, tellement pleines de terre rouge qu'elles étaient roses. On les reconnaissait plus. China cachait toutes nos pompes sous les meubles, derrière les toilettes, elle en faisait des tas et elle dormait dessus. Dès qu'elle a pu trotter, elle descendait le perron pour les planquer dans les rigoles. Impossible de lui reprendre : autant déraciner un arbre. Aujourd'hui, elle vole plus, elle donne, elle va nous faire des petits. C'est rien comparé à ce qu'a souffert maman en accouchant de Junior. Comme nous, il a vu le jour dans la chambre des parents, au milieu de la clairière que son père a créée de ses mains avant de nous construire notre maison. On l'appelle maintenant la Fosse. J'avais huit ans, je suis la seule fille de la famille, et j'avais rien pu faire. Papa dit que maman voulait pas qu'on l'aide, que Randall et moi étions sortis vite, sous l'ampoule nue au-dessus du lit, alors elle pensait que ça serait pareil avec Junior, mais elle se trompait. Elle est restée accroupie à hurler jusqu'au bout. Junior est né violet comme un hortensia : la dernière fleur de sa vie. Quand papa lui a montré, maman l'a effleuré du bout des doigts, comme si elle avait peur de la flétrir, sa fleur, d'éparpiller le pollen. Elle refusait d'aller à l'hôpital. Papa l'a portée jusqu'à la voiture, le sang coulait à ses pieds, on l'a jamais revue. China fait ce pour quoi elle est faite : elle se bat. Contre nos chaussures, contre les autres chiens, contre ses chiots aveugles, trempés, qui poussent vers la sortie. Elle sue beaucoup et les garçons l'observent, tout contents. Je vois papa derrière la fenêtre de la remise. Sa tête brille comme les truites qui filent au soleil sous la surface de l'eau. Tout est calme. Il fait lourd. Ça sent la pluie, mais il pleut pas. Pas d'étoiles dans le ciel, rien que la Fosse et ses ampoules nues. - Reste pas devant l'entrée, ça l'énervé. Skeeter est le portrait de son père, très noir, petit et mince. À seize ans, il a un corps musclé, plein de noeuds. C'est le cadet de la famille, mais le plus grand pour China. Elle connaît que lui. - Mais non, elle s'en fout, répond Randall. Voir la suite

  • 2714453163

  • Belfond

  • Littérature étrangère

  • Littérature étrangère